Ensemble Kimya

 

Kimya est un mot aux racines millénaires, qui résonne dans différentes cultures par-delà le temps. Dans le monde arabe, en Iran, en Azerbaïdjan et en Grèce, kimya signifie alchimie. L’alchimiste désignait autrefois le savant en quête d’une formule capable de transformer un alliage métallique en or. C’est cette métaphore que filent Amir Amiri et Olivier Marin à travers leur musique aux sonorités mêlées, fruit d’une rencontre entre santur et alto, entre Orient et Occident, qui porte vers des univers inexplorés.

Les créations et adaptations des deux musicens, imprégnées de motifs traditionnels retravaillés dans une approche résolumment contemporaine, sont comme des ponts entre cultures anciennes et temps présents. Bien que le duo comprenne un instrument perse, le santur, les pièces de Kimya ne ressortent pas uniquement à la nature modale de la musique classique persane : les deux musiciens composent des passages interchangeables en mettant l’accent sur les notes pivots de la gamme.

D’ordinaire, le santur est un instrument modal, qui ne peut produire ni modulation ni notes accidentelles. Celui d’Amir Amiri a pourtant était modifié, de façon à être doté de ponts mobiles. Grâce à cette nouvelle technologie, son instrument est désormais en mesure de changer d’accordage et d’accéder à tous les modes souhaités en quelques secondes seulement.

D’un point de vue sonore, l’alto d’Olivier Marin est un instrument hypride contemporain de 2007. A partir d’un modèle Guarneri del Gesù, le luthier franco-libannais Ghaleb Hassan a détourné les codes de la grande lutherie italienne du XVIIe siècle pour donner à son instrument un profil contemporain qu’il a orné d’une finition atypique, dans l’esprit des miniatures persanes. L’alto, instrument évoluant dans les sons médiums-graves, offre une palette lyrique étendue à son interprète grâce à l’éclat et à la profondeur de son timbre. Selon les pièces l’alto va aussi utiliser différents accordages.

Cet instrument, avec ses cordes frottés graves et chaleureuses, s’accorde parfaitement avec les percussions aigues et cristallines du santur. L’accès à ces palettes sonores combinées, permet à l’ensemble Kimya de créer une couleur musicale unique, dont la saveur se nourrit de mystère.

Riches de leur expérience commune au sein de l’ensemble contemporain Kamaan, Olivier et Amir poursuivent avecKimya leur dialogue muscial qui mêle musique perse et musique classique occidentale. Ils explorent les correspondances de ces deux langues: Mahur et Homayoun, par exemple, équivalent respectivement au sol majeur et au sol mineur harmonique en musique classique occidentale. A partir de ces concordances, ils étendent leurs recherches au monde des quarts de tons, propre à la musique orientale. Ils puisent également leur inspiration dans le répertoire occidental, proposant des arrangements originaux des Folies d’Espagne ou de Black Brittany de Garth Knox. Ils entendent poursuivre leurs recherches et appliquer leurs résultats à d’autres pièces.

Lorsque les cultures se rencontrent, elles s’enrichissent et se transforment mutuellement. Il en est de même des époques : si l’ensemble Kimya regarde vers le passé, il n’en est pas moins ouvert sur le futur. C’est pourquoi ces deux musiciens éclectiques élaborent actuellement des projets toujours plus novateurs, en collaboration avec le percussionniste Roméo Monteiro et l’artiste numérique Myriam Boucher.